Institut Tony Garnier

Un Institut Tony Garnier à Lyon

La création d’un Institut Tony Garnier est apparue dès 2019 comme l’une des manières efficaces de pérenniser la pensée et l’architecture de Garnier eu égard aux remises en cause et aux atteintes subies par l’œuvre construite à Lyon et en raison du décalage pointé par les professionnels du patrimoine entre la reconnaissance intellectuelle de l’œuvre et la réalité des protections des bâtiments proprement dits.

 

Créé en mai 2020 sous la forme d’une association de préfiguration, l’Institut Tony Garnier a été constitué sous sa forme pérenne le 11 juin 2024. Il a été décidé le même jour l’implantation de son siège social au Fort de Vaise, à Lyon 9e, à l’invitation de la Fondation Renaud.

Pourquoi une association ?

Dans un premier temps, compte tenu de la lourdeur de la mise en place et du fonctionnement d’une fondation « type Le Corbusier », et même en envisageant de bénéficier de l’expérience et de l’appui technique et juridique de structures comme la Fondation Renaud, la Fondation du Patrimoine ou la Fondation de France, il nous a semblé que la création d’un Institut Tony Garnier sous forme associative et dans une logique de montée en charge des partenaires potentiels, constituerait une formule à la fois plus légère et communicante, pertinente au plan scientifique et ouverte aux initiatives de la société civile

Concrètement, le rôle de l’association, créée officiellement en mai 2020, consiste à prendre toutes dispositions permettant de pérenniser l'oeuvre théorique et les réalisations bâties de Tony Garnier en les intégrant aux logiques universitaires (programmes de recherche, sujets de doctorat, appui aux étudiants et chercheurs étrangers, rencontres, publications…) en complément, des initiatives destinées à mieux protéger l'œuvre bâtie qui sont en cours. À titre d’exemple de ces actions, l’association a déposé, en janvier 2022, une demande de protection de la Vacherie du parc de la Tête d’Or, première œuvre de Tony Garnier, auprès des services de l’État, qui l’instruisent actuellement. Elle travaille également à la constitution d’un dossier de candidature pour l’inscription de l’œuvre de Tony Garnier sur la liste du patrimoine de l’humanité gérée par l’Unesco.

Préfiguration d’un Institut Tony Garnier

Qui est Tony Garnier ?

Tony Garnier, architecte, urbaniste, penseur à la fois utopique et humaniste, est assurément l’un des grands initiateurs de la Modernité en France. Associées à une pédagogie manifeste et à une sensibilité à la nature, à l’homme et à la société qui l’environne, ses qualités lui ont permis de rendre accessible la complexité apparente de son œuvre. Mais Tony Garnier est aussi un bâtisseur d’une grande rigueur, dont les réalisations, dans l’agglomération lyonnaise comme à Boulogne-Billancourt, dont il a réalisé le nouvel hôtel de ville en 1934, ont traversé magistralement notre époque grâce à la sobriété de leur design, à la cohérence de leur matérialité et à la plasticité de leur usage. De la Grande Halle des anciens abattoirs de Lyon à l’hôpital Edouard Herriot, en passant par la Cité des États-Unis et un ensemble de villas remarquables, ces œuvres de maturité marquent le paysage de la première moitié du XXe siècle, en particulier à Lyon. Leur importance dans l’histoire de l’architecture est valorisée par les comparaisons avec la production de grandes figures de la même période en Europe. Les altérations dommageables que ce patrimoine majeur a subies au cours des dernières décennies ont nourri la volonté de notre association de défendre et de valoriser cette œuvre sous ses différents facettes, dans la perspective d’une meilleure protection et d’une véritable reconnaissance.

TONY GARNIER EN QUELQUES DATES

1869 : Naissance de Tony Garnier dans le quartier de la Croix-Rousse, à Lyon, le 13 août

1899 : 1er Grand Prix de Rome avec un projet pour le siège central d’une banque d’État

1899-1904 : Pensionnaire à la villa Médicis à Rome

1899-1901 : Une Cité industrielle (projet publié en 1904 puis, sous sa forme définitive, en 1918).

1904-1905 : Vacherie du parc de la Tête d’Or, première œuvre construite, à Lyon

1906-1914 : Première partie de la réalisation des abattoirs de La Mouche (dont ne subsiste aujourd’hui que la halle Tony Garnier et les pavillons d’accueil) à Lyon (7e)

1909-1934 : Conception et construction de l’hôpital Grange Blanche (devenu Hôpital Edouard Herriot) à Lyon

1910-1912 : Villa de l’architecte, quartier de Saint-Rambert à Lyon (9e)

1913-1919 : Villa de Catherine Garnier à Saint-Rambert

1917-1924 : Villa d’Antoinette Bachelard à Saint-Rambert

1917-1934 : Réalisation de la Cité des États-Unis à Lyon (8 e)

1921-1923 : Extension de la villa Gros, dite « Le Méruzin », à Saint-Didier-au-Mont-d’Or (Rhône)

1926-1934 : Construction de l’école de tissage (auj. lycée La Martinière-Diderot) à Lyon (1er)

1927-1934: Hôtel de ville de Boulogne-Billancourt, dernière œuvre construite

1938 : Se retire à Roquefort-la-Bédoule, près de Marseille

1948 : Décès de Tony Garnier le 19 janvier.

Tony Garnier

Création d’un conseil scientifique

La mise en place d’un conseil scientifique associant des chercheurs issus de différents laboratoires ou structures concernés (LARHRA, LAURe, ENS…) et des personnalités qualifiées au plan local, national et international, est intervenue au début de l’année 2022. Aux côtés du conseil d’administration et de l’assemblée générale de l’association, mais avec son autonomie, il permet de s’assurer que les actions impulsées par l’institut soient conformes aux critères de la recherche et à la volonté d’approfondissement de la connaissance de l’œuvre de Tony Garnier sous toutes ses formes.

Membres du conseil scientifique :

Laurent Baridon, historien de l’art, Université Lyon 2/ LARHRA, coordinateur
Tim Benton, historien de l’art et écrivain
Marie Civil, architecte, directrice d’Archipel / CDCU, Lyon
Anne-Sophie Clémençon, historienne de l’architecture et de l’urbanisme, 
CNRS, EVS
Philippe Dufieux, historien de l’architecture, ENSA Lyon, directeur d’EVS-LAURE, délégué régional Auvergne Rhône-Alpes de DoCoMoMo 
Pierre Gras, historien des villes et des formes urbaines, ENSA Lyon, EVSLAURE 
Richard Klein, architecte et historien, président de DoCoMoMo France 
Judi Loach, historienne de l’art, Cardiff University 
Michel Lussault, géographe, ancien directeur de l’École urbaine de Lyon 
Christian Marcot, architecte et historien, ENSA Lyon, EVS-LAURE 
Nathalie Mathian, historienne de l’architecture, Université Lyon 2/ LARHRA 
Catherine Maumi, historienne de l’architecture et de l’urbanisme, ENSA de Paris La Villette, directrice AHTTEP/AUSser 
Mélanie Meynier-Philip, architecte et historienne, ENSA Lyon
Lucie K. Morisset, architecte et historienne de l’architecture, UQÀM, CÉLAT
Antoine Picon, historien de l’architecture et de la technologie, École nationale des Ponts-et-chaussées, Harvard Graduate School of Design 
Gilbert Richaud, architecte et historien, LARHRA 
Simon Texier, Secrétaire général de la Commission du Vieux Paris, historien de l’architecture (Université de Picardie Jules-Verne)
 

Composition du conseil d’administration

Les villas de Tony Garnier, ou la construction de l’intime

Dès 1901 lors de son séjour à la villa Médicis, Tony Garnier conçoit son projet de ville idéale, Une cité industrielle. À son retour, ses premiers chantiers privés, trois villas à Saint-Rambert près de Lyon s’inspireront de certaines des planches de projet. Elles révèlent son goût pour un certain art de vivre qui puise ses modèles aux sources les plus dépouillées de l’hellénisme. D’antiques visions odorantes et fleuries forcent l’imagination.
Très attaché à la valeur de paysage et particulièrement à la présence de l’eau, Tony Garnier choisit pour implanter sa première villa en 1910, puis celles de ses proches, le quai de la Sauvagère à Saint-Rambert, sur les quais de Saône, non loin de l’Île Barbe.
La première construction donnant sur le fleuve est aujourd’hui méconnaissable, car l’élargissement du quai l’a amputé de sa façade d’origine.

Les plans des trois villas sont très clairs. Ils se retrouvent dans les planches de plans d’un quartier d’habitation présent dans l’ouvrage Une Cité industrielle publié en 1917.
Quant à la volumétrie, elle est constituée de formes géométriques simples, qui peuvent paraître austères au profane. La même rigueur est appliquée pour l’extension de la villa du soyeux lyonnais Barthélemy Gros dont le chantier démarre en 1923 à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or, mais dont le patio, par son ouverture et son élégance, adoucit les formes brutes.
Le vocabulaire architectural des habitations, résolument moderne, est toutefois ancré sur des fondements antiques, associés à une polychromie spécifique. Les lignes se rencontrent dans la nudité des prismes, des arcs, des gradins, et s’illustrent dans des détails de socles, de stèles, de frises. Cependant, si la greffe semble évidente, la réalisation est innovante. Elle est centrée autour de l’idée d’un progrès social et de la vision d’un monde meilleur. La lumière est filtrée par des pergolas qui favorisent l’intimité ou incitent à la rêverie.

Villa de Catherine Garnier - © Anne-Sophie Clemençon